Le clerc de notaire

Le clerc de notaire

19/08/2018 0 Par reussirsondroit

Interview de Caroline Tartary, 27 ans, clerc de notaire

1. Quelle est votre formation et comment avez-vous obtenu ce poste ?

Après un baccalauréat série ES, j’ai commencé à étudier à la faculté de Droit d’Aix en Provence. Puis je me suis rendue compte que ce système de formation ne correspondait pas exactement à ce que je souhaitais. Je me suis alors inscrite en BTS notariat, formation d’une durée de 2 ans comportant en tout 3 stages. Enfin, suite à ce BTS, j’ai souhaité compléter ma formation par une licence professionnelle métiers du notariat qui se déroule pendant un an et qui comporte deux stages. J’ai donc suivi une formation semi-professionnelle pendant trois ans.

J’ai trouvé mon premier poste grâce au site internet spécialisé mis en place par les instances notariales dénommé bourse-emplois.notaires.fr. Ce site après inscription (gratuite pour les demandeurs d’emploi) facilite la mise en relation des employeurs et des candidats. Le poste que j’ai trouvé faisait suite à une annonce publiée sur ce site.

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2. En quoi consiste le rôle du clerc de notaire au sein de l’étude notariale ?

Le rôle du clerc de notaire dépend de son expérience et de la taille de l’étude dans laquelle il travaille. Cela peut débuter par un poste de secrétaire réceptionniste jusqu’à un vrai rôle de chef de service avec parfois d’autres clercs qui travaillent pour lui. Le clerc constitue les dossiers en demandant un certain nombre de pièces nécessaires à la rédaction des actes. Il suit également les dossiers et peut être amené à recevoir les clients. Un clerc est également rédacteur d’actes à la demande du notaire. Pour ma part, c’est ce que je fais : je suis les dossiers de l’ouverture à la clôture, je les instruis, je reçois les clients (sauf pour les signatures) et je rédige les actes. Travaillant dans une petite structure, mon rôle est assez complet.

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3. Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Premièrement une grande rigueur : rigueur de gestion de temps et d’organisation, rigueur dans l’instruction et rigueur dans la rédaction. Ça ne veut pas dire ne pas commettre d’erreur. Il s’agit surtout de ne rien oublier dans l’instruction et la rédaction.
Ponctualité, amabilité, précisions dans les réponses apportées aux clients, sens du contact et même un peu d’empathie et de psychologie sont des qualités nécessaires.

J’ajouterai également un certain sens de l’ordre : c’est un métier où il n’est pas très aisé de travailler dans le désordre avec des courriers non rangés et des documents envahissant l’espace de travail.
De manière générale une certaine concentration est également essentielle : dans une journée, quand on veut bien travailler, il y a assez peu de place pour l’utilisation de son portable, le passage en revue de ses photos de vacances ou celles du dernier chat de sa voisine postées sur Facebook.
C’est un métier qui peut s’avérer assez exigeant.
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4. Quels sont les avantages/inconvenients majeurs du metier ?

Parmi les avantages, je dirai que ce n’est pas un métier que l’on pourrait qualifier de pénible : nous sommes dans un bureau, souvent individuel, avec chauffage l’hiver et climatisation l’été, avec un ordinateur et des logiciels qui nous aident de plus en plus. Les nouvelles technologies sont omniprésentes et nous simplifient grandement la vie.
Il est révolu le temps où les notaires rédigeaient les actes à la plume.
Bien sûr en cas de panne de courant ou de problème informatique c’est la panique mais cela reste rare.
Ensuite ce qui fait l’intérêt même de ce métier : les clients. Ils viennent nous rencontrer pour des réponses sans cesse différentes. Pas un dossier ne ressemble à un autre. Tous nos clients sont différents et par conséquent leurs demandes également.
Pour moi c’est toujours un plaisir de parvenir à trouver une solution et de répondre au mieux aux sollicitations et attentes des clients.
Nous sommes là parce qu’il nous font confiance et ça c’est un élément extrêmement positif, et parvenir à les faire revenir est pour nous une marque de reconnaissance.
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Parmi les inconvénients, on peut citer les exigences de la clientèle. Il arrive que les clients se montrent parfois peu compréhensifs, et sont de plus en plus exigeants. Ils souhaitent des actes faits très rapidement et le moins coûteux possible. Il est parfois difficile de répondre à ces demandes. Mais cela reste une clientèle mineure bien qu’en augmentation.
L’inconvénient majeur reste les normes au sens large : nous avons des gouvernements qui se succèdent et souhaitent marquer leur période d’exercice par des textes normatifs divers et variés de plus en plus nombreux et contraignants qui peuvent desservir nos clients et même parfois la profession : reformes des contrats, du divorce, du droit de la famille…
J’en retiendrai deux emblématiques : la loi Alur dite loi Duflot de 2013 et la réforme des professions réglementées de 2015 engagée par Emmanuel Macron, alors ministre.
Nous n’avons pas encore suffisamment de recul pour faire le bilan de la seconde qui est d’ailleurs toujours en cours avec le controversé tirage au sort et il n’est pas ici question de débat ou d’émettre des conclusions hâtives.
En revanche concernant la première, nous pouvons dire que cette loi a apporté des exigences d’instruction et de rédaction nouvelles qui malheureusement ne sont pas propices à une meilleure rapidité d’exécution des actes et qui nécessitent un rassemblement de pièces administratives de plus en lourd. Cela peut donner une image négative du clerc dont le travail peut être remis en cause par des clients qui ne comprennent pas forcément les conséquences de ce texte.
En pratique cela donne aussi une augmentation du nombre de pages et d’annexes et donc un allongement de la durée des rendez-vous.
Enfin, c’est un métier très sédentaire : on ne sort pas beaucoup quand on est clerc rédacteur, on ne se « balade » pas. Ce n’est pas forcément un inconvénient important mais ce n’est pas à mon sens un avantage, bien que cela permette une meilleure organisation de ses journées.
      En conclusion, nous pouvons dire que nous exerçons un métier très enrichissant, en contact permanent avec nos clients, où nous avons connaissance de situations personnelles et professionnelles très diverses, pour ne pas dire parfois de leur intimité, mais aussi avec d’autres professionnels qu’ils soient juristes (huissiers, avocats, Confrères) ou non (commissaire-priseur, banques, syndics, et parfois même jardiniers).
Nous essayons en permanence de répondre à nos clients y compris les plus exigeants afin qu’ils soient satisfaits tout en respectant les règles normatives, établies parfois en dépit du bon sens, imposées par nos dirigeants.

Propos recueillis par l’équipe de reussirsondroit.com